AIPAC (American-Israel Public Affairs Committee) Conference 2002
Conférence 2002 du Comité des Affaires Publiques
Américano-Israéliennes (CAPAI)
Retranscription de l’intervention de l’ancien Premier Ministre israélien.
Traduction : Jean-Jacques Smadja (jjsmadja@wanadoo.fr)
Le Ministre Benjamin Netanyahu
Lundi 22 avril 2002
french translation
Merci.
Eh bien, on m’a dit qu’il y avait — qu’il y avait des centaines d’étudiants ici, mais on dirait qu’il y en a des milliers. Alors vous tous, jeunes de corps et jeunes d’esprit — tout le monde ici est jeune — je veux vous féliciter pour votre soutien à Israël et pour le travail acharné que vous réalisez pour consolider les liens inaliénables entre Israël et les États-Unis, les plus grandes démocraties sur cette terre.
Selon l’opinion générale, le plus grand spécialiste des Etats-Unis et de l’Amérique a vécu au 19ème siècle, ce n’était pas un Américain mais un Français. Je n’ai donc pas l’intention de rivaliser avec de Tocqueville, mais je me permettrais de faire quelques commentaires sur l’Amérique et les Américains au début de ce 21ème siècle.
Vous le savez, j’ai eu l’occasion de voyager dans de nombreux pays, de discuter avec beaucoup de dirigeants politiques et de nombreux parlementaires et je n’ai jamais, vraiment jamais, rencontré autant d’ouverture d’esprit qu’ici, aux États-Unis, c’est un fait. Il n’existe pas ailleurs qu’en Amérique une telle volonté de se défaire des idées reçues, une telle volonté de vérifier la valeur des informations, d’analyser la véracité des faits à l’origine des communiqués et de revoir les idéaux bien établis sur des valeurs morales intrinsèques.
C’est pourquoi, lorsqu’on me demande comment il se fait qu’Israël bénéficie d’une telle qualité d’écoute en Amérique et pas ailleurs dans le monde, ma réponse est très simple : impartialité, honnêteté intellectuelle, le fait que les gens soient disposés non seulement à écouter mais à entendre.
Et si je devais développer, je dirais que les Américains se distinguent par un sens moral et un sens commun. C’est un pays très moral, très intègre, c’est un pays au très grand bon sens. Et c’est ce sens moral et ce bon sens que les élus de l’Amérique, les membres du Congrès et les sénateurs, présents ici, dans cette ville démontrent si souvent. Je crois que l’on retrouve cela par dessus tout chez le président des Etats-Unis. le Président George Bush fait preuve de sens moral et de bon sens.
De nombreux historiens l’ont relevé, le véritable pouvoir d’un président c’est celui de convaincre. Mais comment parvient-on à convaincre? Vous y parvenez en fin de compte en faisant appel au sens moral et au sens pratique. Je pense qu’à bien des égards, le Président Bush dispose des deux.
J’ai déclaré, pas très loin d’ici, la semaine dernière, sur les marches du Capitole lors de ce meeting extraordinaire pour Israël…
…..J’ai déclaré qu’il y avait à la Maison Blanche le meilleur ami qu’Israël n’ait jamais eu. Et après mon intervention, on m’a demandé, c’est vraiment ce que vous pensez? J’ai répondu oui, absolument, et je le répète ici. Il n’a jamais eu à la Maison Blanche de meilleur ami d’Israël que le Président George W Bush.
En fin de compte, le Président Bush ne cesse de faire du matin au soir ce que la situation exige. Il fait ce qu’il faut. Et je suis venu ici aujourd’hui pour vous parler également de ce qu’il convient de faire.
Il y a quelques heures à peine, un de mes amis, un ami américain m’a dit, « Tu sais on est déjà d’accord avec toi. On est d’accord. Sur la définition du terrorisme, on est sur la même longueur d’ondes. A savoir qu’il s’agit d’innocents systématiquement pris pour cible. Et on convient avec toi qu’il y a une sacrée différence entre ça et la mort tragique de civils, victimes d’actes qui ne les visaient pas. Ça nous le comprenons. Nous le comprenons, d’ailleurs, que ce soit à Jenin ou à Kandahar, c’est la même chose. Il y a une grande différence entre ceux qui visent délibérément des civils et se cachent derrière des civils et ceux qui entreprennent des actions militaires légitimes qui occasionnent parfois des victimes civiles involontaires. Pour nous c’est clair. »
« Tout comme nous sommes convaincus que le terrorisme est un mal absolu et qu’il le restera à jamais car rien ne peut le justifier. Là-dessus nous sommes d’accord aussi. »
« Nous partageons aussi l’idée que pour combattre le terrorisme il faut combattre les régimes politiques qui se dissimulent derrière lui et qu’il faut soit démanteler ces régimes, soit les dissuader de continuer. Même accord entre nous sur le fait qu’il faille poursuivre cette guerre jusqu’à la victoire, la victoire totale, et ne pas s’arrêter en chemin. Que chaque victoire apporte une autre victoire. Que chaque défaite s’ajoute aux autres pour le camp adverse. Menons à terme la guerre qu’il a déclenché. Avec un impératif de victoire devant nous. Sur tout cela nous sommes d’accord. »
Puis, cet ami me pose la question suivante, « Et après qu’est-ce qui se passe? Et la paix? Qu’advient-il de la paix et de la stabilité au Proche Orient? Est-ce que ça va arriver un jour? C’est possible? Pourquoi tu n’en parles pas? » Alors j’ai pensé que c’était une bonne idée.
Et pour cela j’avais un paquet de notes dactylographiées, vous savez un discours, un discours tout prêt. Et vous ne m’en voudrez pas j’espère, je l’ai laissé tomber. Et je me suis dit, j’aimerais parler de la paix. Non pas d’une paix pour la photo ou pour la poignée de main, du genre qui s’effondre avant même que les négatifs soient développés. Je ne veux pas parler non plus de la paix de manière superficielle. Je voudrais aller au fond des choses, à l’essence même de cette idée. Non pas à la manière de chroniqueurs polémistes ou d’artistes avec leurs petites phrases, mais comme les vrais penseurs qui réfléchissent sur la paix, ont coutume de le faire.
Il ne s’est jamais trouvé de plus grand penseur de la paix que le philosophe Emmanuel Kant. Et à la fin du dix-huitième siècle, il y a plus de 200 ans, il a écrit un livre, un petit livre, pour tous les étudiants présents ici. Je sais que vous n’aimez pas les devoirs. Mais nous ne sommes pas en cours. Ce livre ne fait que 50 pages et il vaut la peine d’être lu. C’est le document politique le plus important qui n’ait jamais été rédigé sur les relations internationales et sur la paix. Il s’intitule, cela n’a rien d’étonnant, « La Paix Perpétuelle ».
Emmanuel Kant y pose exactement la question que cet ami m’a posé ce soir et que nous nous posons tous à présent : comment parvenir à une paix perpétuelle, une paix solide, une paix durable?
Eh bien! Il dit quelque chose de très surprenant dans ce livre. Il soutient qu’il y a deux types de paix dans le monde, pas une, deux. Il y a la paix entre démocraties, une paix automatique et autonome. Il n’y a pas à s’en préoccuper car elle se maintient toute seule. La raison étant que les démocraties représentent la volonté de la majorité et la plupart des gens ne veulent pas faire la guerre. Ils ne veulent pas que leurs enfants aillent se battre et meurent sur des champs de bataille à l’étranger. Et donc, en démocratie, les électeurs sanctionnent un gouvernement inutilement va-t-en guerre, qui s’aventurent dans des actions militaires inopportunes. Il arrive que des démocraties répondent à la provocation, mais il est quasi impossible qu’elles soient à l’origine d’une guerre. Les démocraties, dit Emmanuel Kant, tendent vers la paix.
Mais, alors qu’en est-il des dictatures? Comment parvenir à la paix avec des dictatures? Un dictateur n’hésite pas à agresser son propre peuple, qu’est-ce qui va donc l’empêcher d’agresser ses voisins? Il n’y a pas d’électeurs. Ce que je veux dire, c’est que Saddam Hussein n’a pas effectué de
sondages dans le centre ville de Bagdad avant de décider d’envahir le Koweït, pas vrai? Alors qu’est-ce qui va arrêter une guerre menée par une dictature?
Et Kant de poursuivre, rien, absolument rien, à l’intérieur du système dictatorial. Il affirme que le seul moyen de mettre fin à une guerre d’agression menée par une dictature, c’est de faire appel à une force extérieure à même de contenir une telle agression, et il l’appelle, la Société des Nations Libres. En cela, il signifie que les démocraties doivent s’unir et constituer une force de dissuasion pour empêcher une agression ou, si la dissuasion échoue, pour la contrecarrer par la force.
La Société des Nations Libres. Notez bien qu’il ne dit pas les Nations Unies.
Il ne dit pas les Nations Unies parce qu’il n’est pas stupide au point de penser que des démocraties et des dictatures réunies soient en mesure d’empêcher des dictatures d’avoir des politiques d’agression.
Et vous savez, quand on voit ce qu’on voit aujourd’hui, quand les Nations Unies envoient leur commission d’enquête enquêter sur les prétendus massacres d’Israël alors que nous subissons de la main d’Arafat des dizaines et des dizaines de massacres avérés et qu’elles ne lèvent pas le petit doigt, comment peut-on accepter…. la légitimité même d’une telle commission? Comment peut-on accepter ses conclusions?
Elles sont hors de propos, injustes et arbitraires. Nous devrions les rejeter. Ensemble, Israël et les États-Unis.
Non, j’ai une meilleure idée, j’ai une meilleure idée. Vous savez, j’ai passé un certain temps aux Nations Unies en tant qu‘ambassadeur d’Israël. Ils aiment bien les sigles là-bas.
Alors je propose qu’Israël et les Etats-Unis montent leur propre commission d’enquête, seuls. On l’appelle la CEO, Commission d’Enquête sur l’Outrecuidance. Où les Nations Unies trouvent-elles l’outrecuidance de faire une chose pareille?
Revenons à Emmanuel Kant.
Vous m’avez entraîné sur les Nations Unies. Je ne suis pas prêt de m’arrêter.
Emmanuel Kant a donc dit que le seul moyen d’arrêter une agression, d’imposer la paix à une dictature, c’est que la Société des Nations Libres dispose d’assez de pouvoir de dissuasion pour empêcher cette agression de se produire.
Or, quelqu’un a t-il écouté Kant dans la première moitié du 20ème siècle? Pratiquement personne. Confrontées à la dictature de l’Allemagne Nazie, les démocraties ont choisi le mauvais type de paix. Au lieu de se renforcer et de construire cette force de dissuasion, elles ont fait exactement le contraire, elles se sont affaiblies, puis affaiblies et encore affaiblies. Et bien sûr, ce qu’elles ont obtenu ce ne fut pas la paix, mais la guerre la plus épouvantable de tous les temps et naturellement, la plus grande catastrophe qui puisse tomber sur un peuple, notre propre peuple, à savoir l’Holocauste.
Mais de la même manière, on peut dire que dans la deuxième moitié du 20ème siècle, les démocraties ont compris la leçon, confrontées à une dictature bien plus puissante que l’Allemagne Nazie. Comment peut-on comparer la puissance de l’Union Soviétique — ses missiles balistiques, ses têtes nucléaires — à celle de l’Allemagne? Confrontées à cette dictature terrifiante, cette fois, les démocraties ont choisi le bon type de paix. Elles ont constitué, exactement ce dont Kant avait parlé 150 ans auparavant, la Société des Nations Libres. Bien entendu, on l’appelle l’OTAN.
Elles sont parvenues à une paix froide. On ne l’appelle pas la paix froide, mais la guerre froide. Bien qu’il n’y ait pas eu de guerre. Il y a eu un demi siècle de paix. La paix armée de la dissuasion face aux dictatures.
Il y a quelques temps, au début des années quatre vingt dix, j’étais assis à lire un magazine d’opinion que j’apprécie beaucoup. Non, Mort, ce n’était pas la rubrique internationale de l’U.S. News, que j’aime aussi beaucoup, d’ailleurs.
Il se trouve que c’était un mensuel que vous connaissez tous et j’y ai lu la chose suivante.
(inaudible) le nazisme a été vaincu. Le communisme soviétique a été vaincu, le capitalisme démocratique a donc triomphé. C’est terminé. (inaudible) n’est-ce pas?
Là dessus j’appelle mon ami, l’éditeur et je lui demandé, « Norman »
« Norman, quel magnifique tissu de conneries»
« Comment as-tu pu publier une chose pareille? » « Je suis à la retraite. » me répond t-il .
Je reprends, « Non, sérieusement, comment as tu pu faire ça? » Et il me dit, « Qu’est-ce que tu veux dire? Je lui réponds, « Bien oui, c’est vrai l’Union Soviétique est tombée » Vous savez tous que je ne suis pas communiste, je ne pleurais pas sur la chute de l’Union Soviétique.
Mais je lui explique alors , « L’Union Soviétique était le principal barrage contre la poussée du terrorisme islamique, ou plutôt contre l’intégrisme islamique, la nouvelle force qui défie l’Occident. Une fois ce barrage disparu, ces régimes qui entourent l’Union Soviétique, ces régimes islamiques et les organisations terroristes qu’ils abritent, vont pousser, pousser, pousser. Ils absorberont la technologie balistique et nucléaire soviétique qui n’est plus contrôlée par un système de contrôle des armes rigoureux que les Soviétiques avait institué.
Il me demande « Tu crois vraiment ça? » Et je lui réponds « Oui. Je pense que l’islamisme est une menace considérable pour l’Occident. »
Or, voici ce que je n’ai pas évoqué alors. Je pense que c’est une menace bien plus grande que l’Union Soviétique. Les racines de l’aversion des intégristes envers l’Occident remontent 1000 ans en arrière, bien avant la haine de l’Union Soviétique. Et ce que les islamistes cherchent à faire c’est simplement inverser 1000 ans d’histoire, l’essor de l’Occident et le déclin de l’Islam à leur yeux. Ils cherchent à ramener le monde à une conception rigide et pré moyenâgeuse de l’humanité, très rigide, avec aucune des libertés auxquelles nous, en Occident, nous tenons tant.
Ils veulent y parvenir, non pas en promouvant leurs propres sociétés, par une saine compétition, disons, dans les domaines économiques, culturels ou technologiques. Ils veulent y parvenir par un seul moyen. En détruisant l’Occident. Et pour détruire l’Occident, il leur faut détruire le moteur principal de l’Occident. Le moteur principal, c’est bien entendu, la nation américaine.
J’étais récemment à la Chambre des Communes où je discutais avec des parlementaires britanniques et je pense que je les ai vexés parce que je leur ai dit, « Vous êtes un Satan de moyenne envergure. Il existe le Grand Satan. »
« Ce sont les Etats-Unis, ils ont une place d’honneur. Et il y a un petit Satan, avec aussi sa place à part. Mais vous vous êtes dans la moyenne indifférenciée. »
Il est un fait que cet antagonisme profond avec l’Occident expliquent les antipathies au Moyen Orient. Ce n’est pas, comme je l’ai souvent dit, qu’ils haïssent l’Occident à cause d’Israël. Ils haïssent Israël à cause de l’Occident, parce qu’ils nous perçoivent comme…
...comme une extension, une position avancée de cette civilisation occidentale et des valeurs occidentales qu’ils détestent tant.
A ce stade, cela ne les distingue encore guère du communisme soviétique, si ce n’est par la longévité de leur haine, car les communistes soviétiques voulaient dominer le monde tout comme les islamistes veulent le faire. Eux aussi avaient des millions de partisans à travers le monde, tout comme les islamistes. C’est une similitude; mais il y a une énorme différence. Chaque fois que les Soviétiques ont dû choisir entre leur idéologie et leur survie, ils ont toujours choisi leur survie. Ils ont toujours fait machine arrière, à Cuba, à Berlin. Chaque fois que l’Amérique s’est montrée résolue et déterminée, ils ont reculé.
On ne peut pas dire, en revanche, que ce soit le cas des Islamistes car très souvent, ils inversent cet ordre. Confrontés au choix entre leur fanatisme et leur survie, ils optent souvent pour leur fanatisme. Ils cultivent un goût du sang, un culte de la mort qu’on ne trouvait pas dans le communisme. Ils ont des mères
qui sacrifient leurs enfants avec joie — avez-vous entendu la femme d’Arafat? Lors de la guerre Iran Irak, ils ont fait boire des soldats à des fontaines de sang, je ne parle pas d’eau colorée mais de vrai sang. Ils ont cette singulière conception du Paradis, je ne tiens pas à développer, vous savez ce qu’il en est. C’est une culture de la mort. Un des leaders du Hamas à déclaré il y a quelques mois, « Nous vaincrons les juifs car ils sont une partie de l’Occident, ils célèbrent la vie et nous, nous aimons la mort. »
Quand vous vous trouvez devant de tels penchants suicidaires, les choses sont différentes, différentes du communisme. Avez-vous déjà entendu parlé de bombes humaines communistes? Non, mais l’intégrisme islamique en produit des bataillons, des hordes et ce n’est qu’un début. Nous ne pouvons exclure que si de telles forces militantes se procurent des armes de destruction massive, elles en fassent usage. Sans le moindre doute, elles le feront. Elles s’en serviront contre ce pays d’abord, ou peut-être contre mon pays. Mais elles s’en serviront, à moins qu’on ne les arrête avant.
J’aborde ce sujet parce que nous vivons depuis quelques années la concrétisation de ce culte de la mort sous la forme du terrorisme suicide. Il nous faut savoir si avec ces deux types de paix proposés par Kant, la paix des démocraties et la paix des dictatures dans la dissuasion, on peut aboutir avec ces forces là à un règlement pacifique sous une forme ou sous une autre.
Pour moi, une chose est sûre, je tiens à vous le dire ce soir, je crois que contre ce terrorisme islamique, la dissuasion ne marchera pas. Elle ne servira strictement à rien.
Alors que faire? A court terme, ce qu’il faut faire est très clair. Il faut avant tout démanteler les structures de l’intégrisme islamique que ce mouvement mondial utilise contre nous….
…..qu’en est-il de ces structures, elles représentent une demi douzaine de régimes politiques et une vingtaine d’organisations terroristes. Il faut en finir avec eux. Purement et simplement. Ce n’est pas si compliqué que ça et on va le faire. Et nos victoires sont nos forces de dissuasion. On dissuade certains régimes, ceux qui n’ont pas encore cette inclination suicidaire, on les punit et on les dissuade. Mais les autres, qui ont manifesté des signes de cette détermination, on les anéantit. C’est pourquoi les États-Unis ont anéanti le régime Taliban….
….et c’est pourquoi il nous faut détruire le régime d’Arafat en Arafatistan. Pour nous, c’est impératif.
Je vais vous dire ce que j’ai dit au Premier Ministre, il y a quelques jours, lors d’une conversation privée. Je lui ai dit « Arik, débarrasse toi d’Arafat, débarrasse toi de lui et de son régime. L’Amérique le comprendra et nombreux sont ceux qui nous soutiendront en Amérique. Débarrasse toi de ce régime. Débarrasse toi d’Arafat car aussi longtemps que ce type est là, représentant ce qu’il représente, le terrorisme et la violence ne cesseront pas et aucune paix d’aucune sorte ne pourra émerger.
Je pense aussi que nous devons garder à l’esprit qu’il existe des régimes qui soutiennent à distance les attentats suicides et qui, manifestement, essayent de développer rapidement des armes nucléaires. C’est l’alliance de ce mouvement, de ce fanatisme et des armes nucléaires qui constitue la plus grande menace pour notre monde.
C’est la raison pour laquelle nous devons aussi nous assurer que ces régimes politiques soient démantelés, et pour cela, il nous faut soutenir l’objectif du Président Bush de se débarrasser de Saddam Hussein aussi vite que possible. Il n’y a pas de temps à perdre. Dès que possible.
Ce n’est pas, soit Arafat, soit Saddam Hussein, c’est les deux à la fois. Les deux doivent disparaître dès que possible.
Bon, ça c’est clair, c’est le cours terme.
Entre parenthèses, ça se fera. Je vous garantis que ça se fera. Vous verrez le terrorisme décroître et disparaître en tant que menace grave pour notre monde, pendant 5 ans, 10 ans, 15 ans, peut-être 20 ans. Mais après?
6
Comment éviter qu’il se réactive? Comment empêcher le prochain Arafat, le prochain Saddam Hussein, le prochain Osama Ben Laden de voir le jour? Il y a des gosses, en ce moment même, qui ne jurent que par la glorification de ces assassins. Comment empêcher, dans une dizaine ou une vingtaine d’années, la réapparition d’un autre régime politique abritant d’autres organisations terroristes qui pourraient s’organiser et se réorganiser?
Il y a un milliard de musulmans dans le monde. Disons que 5 pour cent, non 10 pour cent soient infectés par cette épidémie. Cela représente 100 millions de personnes. C’est un vivier gigantesque de recrutement et de soutien. Comment éviter qu’il se renouvelle?
Il faut bien reconnaître que si nous ne faisons rien, il se renouvellera. Et nous devons admettre aussi qu’il nous est impossible de réparer l’irréparable technologique. Il ne faut pas grand chose pour mettre au point un engin nucléaire, bien sûr, un engin nucléaire sommaire. C’est très facile à faire, non ce n’est pas très difficile. Il vous suffit de mettre la main sur une masse critique de plutonium et vous y parvenez. Cela va arriver. Voilà le monde dans lequel nous entrons.
Alors la vraie question, c’est, que fait-on pour enrayer l’épidémie? Est-ce qu’il y a des médecins parmi vous? D’accord. Comment procèdent les médecins? Ils recherchent ce qui a déjà été efficace, et qu’est-ce qui a déjà été efficace? L’analogie la plus proche à laquelle on pense pour ces militants malades, c’est le nazisme et ses collaborateurs.
Qu’est ce que nous avons fait avec le nazisme? D’abord nous l’avons vaincu, il n’y avait pas d’autre solution, tout comme il n’y a pas d’autre solution pour anéantir ces régimes de la terreur, il n’y a pas d’alternative.
Mais nous n’en sommes pas restés là, nous n’en sommes pas restés là. Nous nous sommes mis à semer les graines de la liberté. Nous avons vaincu le nazisme et à la place nous avons fait pousser la démocratie.
Et si nous regardons ce qui s’est passé lors de ces 60, 50 dernières années, aucun risque n’est venu de l’Allemagne car c’est une démocratie. Imaginez seulement que ça ne se soit pas passé comme ça. Imaginez qu’un régime néo-nazi ait repris le pouvoir en Allemagne et vous comprendrez les risques, non pas pour la paix de l’Europe, mais pour la paix du monde entier. Nous avons vaincu le nazisme et nous avons fait pousser la démocratie.
Qu’est-ce que nous avons fait avec le Japon impérial, un Japon impérial, soit dit en passant, qui avait de sérieuses tendances suicidaires? Il avait des bombardiers kamikazes, il est vrai contre des cibles militaires. Mais qu’est-ce que nous en avons fait? Nous l’avons vaincu. Les États-Unis et ses alliés, les démocraties, ont mis en déroute le Japon impérial et, à sa place, ils ont semé les graines de la liberté et des institutions démocratiques. Ce n’est pas une société ou une démocratie tout à fait occidentale, mais c’est une démocratie. Et c’est la garantie que le Japon restera pacifique et que ces tendances suicidaires qui auraient pu se développer dans les sociétés japonaises soient réprimées. C’est une garantie.
Or, je pense que nous devons nous y prendre de la même manière avec les islamistes parce qu’il faut traiter la cause première du terrorisme.
Je sais que beaucoup de gens vous diront que la cause première du terrorisme, le moyen d’y mettre fin, le moyen d’arrêter ce terrorisme, ce n’est pas tout ce que je vous ai proposé. Ils vous soutiendront que la cause première du terrorisme, c’est le totalitarisme, ou plutôt, je suis désolé d’utiliser ces mots, les souffrances des terroristes du fait qu’on les prive de patrie, de droits civiques et nationaux.
Je crois que beaucoup de gens ont avalé cet argument. Il paraît plausible si vos connaissances historiques ne volent pas très haut.
C’est exactement le contraire de ce que je vous propose. Ces gens là disent, « Voyons, le seul moyen de faire cesser le terrorisme c’est de prendre en compte leurs souffrances, de céder à certaines de leurs revendications, peut-être à toutes les revendications présentées par les terroristes car ces gens agissent par désespoir, sous le coup de l’oppression et de la privation de liberté. »
Si cela était vrai, alors parmi les milliers de luttes pour la liberté, pour la libération nationale, pour les droits civiques et pour l’égalité civique, qui ont eu lieu au 19ème et au 20ème siècle, on aurait dû connaître beaucoup d’actes terroristes, mais ce ne fut pas le cas.
On ne trouve pas d’exemple de cela au 19ème siècle, lorsque les Grecs se sont battus pour leur libération, contre les Turcs, pour leur libération nationale. On ne voit pas cela chez les Polonais qui ont combattu les Russes pour leur libération nationale. Ni chez les Tchèques ; je sais qu’il y un ambassadeur tchèque parmi nous ce soir, c’est la vérité, non? Les Tchèques, les Italiens, les Hongrois se sont battus contre l’Autriche pour leur libération. Et pas de trace de terrorisme.
Pas plus pour le 20ème siècle. Rien de tel dans le combat du Mahatma Gandhi contre la domination britannique et pour la libération nationale de l’Inde. De même que pour les gens de l’Europe de l’Est dans leur combat pour faire tomber le Mur de Berlin. Il n’y en eut pas non plus sur les marches du Capitole avec Martin Luther King pour les droits civiques. Quelle violence? Aucune violence. Aucun terrorisme.
Vous n’en trouvez pas trace dans notre propre peuple, le peuple juif, quand nous avons combattu la Grande Bretagne pour notre indépendance. Et bon sang! On avait de quoi se plaindre. On ne se battait pas simplement pour un état indépendant, c’était un combat pour la vie. Les bateaux des juifs étaient renvoyés vers les crématoires. Si un peuple avait souffert et avait de soit-disant bonnes raisons de recourir au terrorisme, c’était bien nous et nous ne l’avons jamais fait. Je sais que certains prétendent le contraire, parce que les arabes disent, « Les Juifs sont des terroristes. » Mais, aujourd’hui ils traitent les États-Unis de terroristes et les Britanniques aussi, etc ...etc…
Peu importe les qualificatifs qu’on vous donne. Le terrorisme ne se définit pas par l’identité de ses auteurs ou par les qualificatifs utilisés. Le terrorisme, se définit par une chose et une seule, c’est prendre délibérément des civils pour cible, c’est l’acte en lui même.
Les forces juives clandestines ont eu des milliers de faits d’armes à leur actif. Il se peut que l’on trouve dans toutes ces opérations, un cas, peut-être deux qui pourraient sans doute s’apparenter à du terrorisme.
Effectivement, Zeb Jabotinsky, le père idéologique de l’Irgoun…………...
…………….l’Irgoun et le Etsel entendirent parler d’une opération ou deux femmes et deux jeunes garçons furent tués. Alors il donna l’ordre suivant. « Vérifiez d’abord les faits, s’ils sont avérés, voyez s’ils sont intentionnels, s’ils sont intentionnels, jugez immédiatement les responsables. »
Menachem Begin avait coutume de donner des ordres pour avertir les trains militaires britanniques qu’ils seraient attaqués, afin que les femmes, les enfants et les civils en descendent.
Lorsqu’il attaquait des enceintes militaires comme les quartiers généraux des Britanniques au Moyen Orient, il téléphonait 45 minutes avant pour prévenir « Veuillez svp évacuer le bâtiment, une bombe va exploser » Vous imaginez Yasser Arafat appeler le gouvernement israélien pour dire « Veuillez svp évacuer ce bâtiment? » De toute façon, ils n’attaquent pas nos quartiers généraux. Ils s’en prennent à des cafés, à des restaurants et à des magasins et il est sûr qu’ils ne sont pas du genre à prévenir.
Toute la différence est là, vous voyez. Parmi des milliers de nos opérations, ils se peut que vous trouviez une ou deux exceptions. Mais les milliers d’attaques des terroristes arabes visent délibérément des civils. Il se peut, qu’à l’occasion, ils touchent des soldats, par accident….
…..ou même volontairement.
Alors, comment se fait-il, que certains attaquent, ou du moins se battent pour leurs droits; luttent sans recourir au terrorisme, comme je vous l’ai dit? En fait la plupart sont dans ce cas. En tous cas, pour les véritables luttes de libération nationale, je pense qu’il est très difficile de trouver le moindre exemple d’acte terroriste. Tandis que d’autres recourent sans compter au terrorisme. Et la réponse est que les gens que je vous ai énumérés étaient des démocrates, avec un petit « d », naturellement, pour vous ici, Républicains.
Ce sont des démocrates, qui croient aux droits de l’homme, au caractère sacré de la vie individuelle. Ils pensent que l’on n’a pas le droit de faire sauter des gens. Ils pensent qu’il existe d’autres moyens de résoudre des conflits. Alors que les terroristes, eux, ne croient pas à toutes ces choses là.
Pour obtenir de quelqu’un qu’il fasse exploser un bus plein de bébés, il faut agir sur le cœur et l’esprit de cette personne. Et ce qu’on fait, c’est lui fixer un objectif, un objectif suprême. Puis on ajoute, « Le dieu que tu vénères te le demande et te permet de bafouer toutes règles morales. Tu peux fouler aux pieds tous les droits de l’homme. Tu peux faire sauter toutes les règles. Tu peux faire exploser des enfants. Tu peux tout faire. En fait, c’est ce qu’on te demande » et l’objectif n’en est que plus sublimé, à ses yeux.
Il y a un nom pour ce que je viens de décrire, et cela s‘appelle le totalitarisme. La cause première du terrorisme, c’est le totalitarisme. Et la cause première……
…..la cause première du terrorisme suicidaire, c’est le totalitarisme de l’intégrisme islamique.
Il n’existe qu’un antidote, à condition de s’en servir à temps. C’est la démocratie. Il n’y en a pas d’autres.
Par quelque bout que vous le preniez le problème — des exemples historiques que j’ai donnés ou que je pourrais donner, au simple fait qu’il ne nous reste plus beaucoup de temps — nous devons nous décider à faire quelque chose qui n’a jamais été fait auparavant et que les État-Unis n’ont jamais fait. Nous devons admettre, alors que la démocratie balaye les quatre coins de la planète, qu’il faille mettre fin à la dérogation accordée au monde arabe et islamique et qu’il faille promouvoir et exiger activement la démocratisation de ces sociétés.
Je sais bien que cela ne va pas se faire du jour au lendemain, que ça ne se fera pas comme ça et que ça ne donnera pas des démocraties de type occidental. C’est sûr. C’est impossible. Mais ça peut se faire de telle manière que la situation s’améliore et ne reste pas en l’état.
Il y a ceux qui vous diront, voyons, le monde islamique est incapable de se démocratiser. Ah bon? Et la Turquie?
Et là encore, aussi, ce n’est pas la démocratie occidentale idéale. Mais je vais vous dire quelque chose, je préfère bénéficier de loin d’une liberté à la turque que d’une tyrannie à l’iranienne. La question ne se pose même pas.
Il y a dans cette ville des gens intelligents, que je respecte, qui vous diront et il me le disent, si nous faisons pression pour obtenir la démocratie dans le monde arabe, nous allons déstabiliser l’ensemble du Moyen Orient. Moi je leur réponds, si nous ne le faisons pas, nous allons mettre en danger l’ensemble de notre civilisation. Voilà ce qui est en jeu désormais.
Et j’ai une proposition pour démarrer le processus. Saddam Hussein va bientôt être renversé. Envoyez donc des Américains là-bas pour construire les institutions de la démocratie, la libre parole, la liberté de la presse, la liberté d’_expression.
J’ai une autre suggestion, Arafat va bientôt être renversé. Envoyez des contrôleurs Américains, non pour contrôler le droit de légitime défense d’Israël, qui n’a pas lieu d’être contrôlé, mais pour assurer le contrôle de véritables élections libres, afin que les Palestiniens puissent enfin, une fois pour toutes, choisir démocratiquement leurs représentants, des partenaires avec qui nous pourrions faire la paix.
Amorcez la démocratie, faites pression pour la démocratie, apportez la démocratie au monde arabe, apportez la démocratie au monde musulman. Aérez et ventilez ces sociétés. Faites que cela fonctionne.
Eh bien, Kant, Emmanuel Kant — j’ai du mal à le dire, parce que j’ai consacré un chapitre à ce grand penseur dans un livre que j’ai écrit — Emmanuel Kant avait tort. Au 21ème siècle, avec l’émergence d’une alliance possible entre régimes suicidaires et armes nucléaires, il n’existe qu’un seul type de paix. C’est la paix des démocraties. Nous fermons les yeux sur cette vérité depuis 10 ans, à nos risques et périls, nous ne pouvons plus nous le permettre. Il nous faut agir.
La question est de savoir si nous sommes capables d’agir. Certains d’entre vous connaissent mon père. Il est historien, et j’ai donc fait beaucoup de lectures historiques. Le grand débat récurrent de l’histoire, c’est qui maîtrise qui? Est-ce que les évènements dictent leurs lois aux hommes ou est-ce que les hommes maîtrisent les évènements? Existe t-il des forces, des forces historiques incontournables qui nous dépassent, si bien que n’avons pas d’autre possibilité que
de nous laisser porter par le flot, où qu’il nous conduise? Ou alors pouvons-nous dominer les courants, pouvons nous leur imprimer une nouvelle direction?
Je suis venu vous apporter la certitude — vous tous, amis d’Israël, élus de la plus grande démocratie de la planète, protecteurs de la liberté — la certitude que jamais dans l’histoire, et sûrement pas ces 60 dernières années, et je pense bien au-delà, nous n’avons eu une telle occasion de maîtriser les évènements et de maîtriser notre destinée. Jamais avec autant d’évidence qu’aujourd’hui une occasion pareille ne s’est présentée. Car tout ce dont je vous ai parlé ce soir est en notre pouvoir.
Et je suis sûr qu’avec ce sens moral, ce bon sens, cette compréhension de l’histoire et sous la direction du Président Bush, les Etats-Unis, Israël et les tenants de la liberté ailleurs dans le monde extirperont le terrorisme, sèmeront les graines de la liberté, garantiront notre avenir et sauveront ainsi notre monde. Nous pouvons le faire. Nous devons le faire. Nous allons le faire.
Je vous remercie beaucoup.
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